Le shikakai : recettes et astuces

Salutations belle compagnie !

Comme vous le savez sans doute si vous lisez un peu ce blog, je suis pas mal adepte du no-poo, cette technique qui consiste à ne plus utiliser de shampoing pour se laver les cheveux, en le remplaçant soit par un water-only (dont j’expliquais ma méthode dans cet article), soit par un lavage doux avec des poudres (bicarbonate, plantes…)

Aujourd’hui donc, je vais vous proposer l’une de mes recettes de lavage au shikakai, parce que je ne fais jamais tout à fait la même chose, soit pour des raisons de stock, soit pour des raisons de demande spéciale de mon cuir chevelu !

Pourquoi le shikakai ?

En ce moment, mon cuir chevelu refait des siennes : je pensais depuis longtemps que c’était du psoriasis, mais après moult recherches, je pense plutôt que c’est une forme d’eczéma. Ô Joie ! cela dit, les conseils que je donne dans cet article pour lutter contre le psoriasis sont toujours valables : et je dirais même plus ! Ils valent pour pas mal de dermatoses sèches.

Associé à cela des pointes sèches en ce moment (une grande première pour moi), et vous avez une illustration parfaite du CHIANT :)

Elle est belle ma mousse, elle est belle !

Elle est belle ma mousse, elle est belle !

A cause de ma sécheresse de pointes, je préfère limiter plus encore l’utilisation du shampoing ; il faut que je fasse quelque chose pour mon cuir chevelu. D’autant que les dermatoses peuvent s’accompagner généralement d’une chute un peu prononcée des cheveux : adorable, on vous dit !

J’ai toujours adoré le shikakai : lavage doux, mais efficace, stimule la pousse, et le cuir chevelu, asceptise tout ça et favorise le traitement des affections du cuir chevelu (pellicules ou excès de sébum). Alors certes, c’est une poudre dont l’utilisation se mérite : piquante, tellement fine qu’elle rentre dans les voies respiratoires à la vitesse de Buzz l’Eclair, mais j’aime bien ça moi, les défis (et préparer ma poudre avec un foulard recouvrant tout le visage, c’est tellement rigolo) !

Mais je me suis dit, tant qu’à faire, autant profiter de ce lavage pour en faire un petit soin et renforcer le traitement de mon cuir chevelu. C’est pour cela que j’ai rajouté la poudre d’amla à ma préparation : elle renforce le côté assainissant du soin, tout en stimulant également la pousse, et elle ne pique pas, elle ! Elle embellit également la couleur si la chevelure est dans les châtains et les bruns.
Enfin, pour renforcer le côté lavant, j’ai rajouté un peu de bicarbonate de sodium : mon p’tit pote à tout faire ! Alors ce qui est très drôle (oui, je m’amuse d’un rien), c’est la texture que prend le mélange quand on ajoute le bicarbonate : une véritable mousse au chocolat ! Je vous assure que sans l’odeur, on y croit vraiment… Alors je ne suis pas spécialiste en chimie donc je ne pourrais pas vous expliquer le pourquoi du comment, mais maintenant je comprends vraiment comment le bicarbonate peut remplacer les blancs d’oeufs battus en neige dans la pâtisserie vegan !

Recette

Proportions à adapter :

  • 2 CàS bombées de shikakai
  • 1.5 CàS bombée de poudre d’amla
  • 2 CàC de bicarbonate

Mélangez les deux poudres végétales dans un bol ou un saladier avec de l’eau tiède, puis ajoutez le bicarbonate : attention, prévoyez un peu plus grand parce qu’avec l’effet du bicarbonate, ça gagne en volume !

Application et rinçage

A l’application, la mousse est vraiment très agréable ! Ça facilite considérablement l’étalage, j’ai pu bien en mettre partout, alors qu’avec la masse que j’ai, ce n’est pas évident ! J’applique sur cheveux mouillés, c’est plus efficace et plus rapide.
Ensuite, une fois que j’ai eu fini mon bol de mousse au chocolat sur ma tête, j’ai mis un sac plastique (rose flashy, du plus bel effet) sur ma crinière et hop ! Pause d’une heure et demie environ.

Au rinçage, ça a été beaucoup plus facile que shikakai tout seul : je pense que c’est l’effet bicarbonate – mousse au chocolat : j’ai bien massé et c’est parti tout seul. J’ai fignolé le tout en appliquant un peu d’après-shampoing Logona aux protéines de blé sur mes longueurs, parce que comme je l’ai dit plus haut, c’est assez sec en ce moment.

Résultats en photo

Le résultat me plaît vraiment : mes cheveux sont doux, volumineux, faciles à démêler, brillants et mes boucles sont bien formées ! Je sens vraiment aussi le côté gainant des poudres, et je sais d’expérience que grâce à une utilisation régulière des poudres indiennes, on peut gagner en masse (j’en parlais dans l’article sur les poudres ayruvédiques) !

Et vous, le shikakai, ça vous botte (ou ça vous fait tousser) ? Vous avez essayé ?

Le henné : décoration du corps

J’ai souvent parlé du henné comme soin des cheveux et coloration naturelle, étant une adepte à ce niveau-là depuis quelques années maintenant, mais je n’avais pas encore abordé la question de la décoration du corps au henné.

Le henné est utilisé depuis des siècles par les peuples auprès desquels cette charmante plante pousse naturellement : Inde, Iran, péninsule arabique… ; mais aujourd’hui, on connaît surtout les motifs de la culture maghrébine, puisque le tatouage au henné y est très présent, surtout au Maroc.
Les motifs traditionnels vont des arabesques, motifs tribaux, aux fleurs (orchidées essentiellement), ou encore des motifs géométriques ; enfin, ils revêtent souvent un symbolisme sacré et sont utilisés pour les cérémonies religieuses. Dans ces pays, le tatouage au henné est réservé aux femmes, et est principalement dessiné sur les mains et les pieds.

Tatouage traditionnel, mains entières : magnifique, n’est-il pas ?

J’aime beaucoup le principe de décorer son corps, que ce soit permanent par le tatouage ou temporaire, par la peinture corporelle ou le henné.
Décorer son corps, c’est choisir ce que l’on va mettre en valeur, c’est redéfinir ce corps qui nous a été donné : couleurs, formes ; c’est la liberté de se réinventer dans un art, seul ou accompagné. Car s’il est possible de se faire de petits motifs seul, il est généralement admis que l’on a besoin d’un comparse pour s’encrer, se peinturlurer ou se hennéiser. On a donc une redéfinition du corps d’une personne créée dans une complicité créative : idée et interprétation du dessin, j’aime que les deux acteurs se complètent : un regard interne, un regard externe.

C’est très fort comme relation, d’autant plus dans le cadre d’un tatouage permanent ; pour le henné, on sait que cela tiendra quelques semaines, l’acte est donc moins total mais il n’en a pas moins de valeur. Et j’aime d’autant plus ce côté éphémère en ce qu’il permet de se réinventer différent-e à chaque fois.

Sachant que tout ceci est éphémère, on peut aussi ajouter à cette invention corporelle un projet de mise en scène, par la photo ou la vidéo par exemple ; on ajoute un autre relief à notre création, les possibilités sont illimitées !

La technique

Pour optimiser la couleur et la tenue du tatouage au henné, la pâte se prépare avec du jus de citron intégralement : celui-ci permet de faire tenir la couleur plus longtemps ; on peut mélanger du thé noir infusé chaud, et faire 50/50 avec du jus de citron.
On peut aussi ajouter à la pâte quelques gouttes d’huile essentielle d’eucalyptus, cela permet de foncer la couleur et d’aider à prolonger le tatouage sur la peau.

On utilise exclusivement des hennés dits BAQ (Body Art Quality), que vous trouverez facilement sur les sites que je recommande : eux seuls permettent d’obtenir une pâte suffisamment fluide pour permettre une précision inégalée.
Comme pour tout henné, on fait reposer la pâte au moins six heures, on peut aussi utiliser la technique du congélateur… bref : tout est permis ! L’important est que la pâte ainsi préparée ne sèche pas, car alors elle perdrait ses pouvoirs colorants.

Ici on voit bien la belle couleur naturelle du henné, ainsi que la précision des motifs

A noter qu’il existe des pâtes toutes prêtes, avec comme argument vendeur « henné noir » : il va de soi que je vous les déconseille fortement, quand on connaît les dangers des produits chimiques ajoutés pour obtenir du noir… Le tatouage au henné n’est jamais noir : la couleur va du orangé à un beau brun.

Une fois que votre pâte est prête, vous avez choisi votre motif, son emplacement : à l’attaque ! Le henné se travaille de différentes façons : on peut le faire à la seringue (trait épais) ou bien au cône, qui permet un tracé très précis (il n’y a qu’à voir ce que certain-e-s sont capables de faire avec ça, c’est magnifique). Pour ma part, n’ayant pas de cône, j’utilise alternativement un pinceau et une aiguille (sans la planter dans ma peau, bien-sûr), qui permettent déjà une palette sympa de traits, même s’ils n’ont pas la précision du cône.

Une fois que votre motif est tracé, il ne faut pas hésiter à laisser poser plusieurs heures pour un rendu couleur plus intense. Le tatouage au henné peut tenir une semaine comme trois, il s’estompera progressivement, selon l’endroit, le nombre de fois qu’il aura été lavé… Une astuce pour le faire durer plus longtemps est de le nourrir régulièrement à l’huile d’olive. De même, tous les endroits du corps ne rendent pas les mêmes résultats : tandis que sur les mains et les pieds, on aura des rendus foncés, qui tiendront longtemps, sur les autres parties du corps où la peau est plus fine et plus lisse, il sera un peu plus compliqué de faire tenir le tatouage, d’où l’importance de le laisser poser longtemps. J’ai fait tenir un tatouage sur l’épaule un peu plus d’une semaine, sachant que j’avais préparé la pâte un peu à l’arrache : c’est donc un minimum !

Je vous laisse avec quelques photos de mes propres essais !
Et gardez le plus important en tête : amusez-vous, décorez-vous dans la joie et la bonne humeur ! :)

Pour aller plus loin

Groupe Facebook Arcahenna, public, mine d’informations

Le rhassoul : ce que la terre a de meilleur

Le rhassoul est l'ami de toutes les peaux.

Le rhassoul est l’ami de toutes les peaux.

Ça doit faire un an que j’ai redécouvert le rhassoul (aussi écrit ghassoul, mais j’utiliserai la première graphie). Vue la relation fusionnelle que nous entretenons, je ne pouvais pas ne pas vous en parler.

Rhassoul : Qu’ès aquò ?
Déjà, le rhassoul a tout pour plaire : c’est une argile minérale naturelle volcanique extraite des montagnes de l’Atlas marocain, naturelle et préservée. Elle possède de nombreuses propriétés en utilisation cosmétique : elle nettoie (la peau et les cheveux) mais soigne aussi, en masque, grâce à ses nombreux composants minéraux. Elle est extrêmement douce pour le nettoyage : contrairement à un tensio-actif classique, elle fonctionne comme un buvard : elle absorbe les impuretés et la graisse, qui s’en vont avec l’argile au rinçage. Elle n’ôte pas le film protecteur formé par le sébum des cheveux ou de la peau.

Le rhassoul est une argile très douce, qui convient à absolument tous les types de peau, même et surtout les peaux à problèmes. Ne vous fiez pas à son aspect granuleux : le gommage effectué par le rhassoul est le gommage mécanique (opposé à chimique, le gommage avec les acides de fruits ou le jus de citron) les plus doux que je connaisse. Il aide à se débarrasser des petits boutons, convient aux peaux acnéiques, et rendra les peaux sèches/déshydratées douces et confortables. On peut l’utiliser tous les jours, ou trois à quatre fois par semaine, et on peut constater une amélioration générale au bout de quelques semaines.

En ce qui concerne les cheveux, il paraît qu’il y a les adeptes et les autres. N’ayant jamais essayé encore, je ne peux pas vous donner mon avis. A certains il fait des cheveux de Princesse Starla, à d’autres ce serait plutôt un rendu de l’ordre Homme de Cromagnon.

Préparation
Elle est traditionnellement préparée à l’eau de fleur d’oranger ou de rose, avec un chouille d’huile d’argan, mais vous pouvez aussi bien la préparer à l’eau minérale ou même à l’eau du robinet si c’est pour un simple lavage. L’argile gonfle au contact de l’eau, et forme une pâte dense et un peu granuleuse.
Pour se laver le visage ou le corps, il suffira d’exécuter des mouvements circulaires doux, puis de rincer ; pour se laver les cheveux, on peut laisser poser le rhassoul quelques minutes, puis rincer.
Pour un masque à laisser poser, ce sera comme n’importe quelle argile : on prépare suffisamment de pâte pour le visage, on met en couche épaisse, on laisse poser 10-15 minutes (il ne faut pas que ça ait le temps de sécher) et on rince.

Composition
Le rhassoul est riche en métaux et minéraux, accumulés en son sein depuis des millénaires : Silicium, Fer, Magnésium, Potassium, Calcium, Sodium, oligo-éléments… Je ne vais vous détailler que trois de ces composants, très intéressants pour la peau.

Le silicium est un minéral, et l’élément le plus abondant de la croûte terrestre après l’oxygène. C’est un élément indispensable à la vie, et le corps humain en contient 7 grammes. Il est impliqué notamment dans la synthèse du collagène et de l’élastine, donc dans le bon fonctionnement de tous les vaisseaux (jusqu’aux artères), des articulations, des os, mais aussi bien-sûr, de la peau. Les taux de silicium baissent drastiquement avec l’âge aux endroits où on en a le plus besoin (artères, os, peau…), d’où l’intérêt d’une part d’avoir une bonne alimentation et d’autre part de connaître les sources de ce minéral : ortie, avoine, prêle, bambou notamment, et pour l’usage externe donc, le rhassoul.

Le magnésium est un métal alcalino-terreux, un élément évidemment indispensable à la vie et le huitième élément le plus important de la croûte terrestre. On le retrouve dans l’eau et dans les végétaux que nous consommons. Notre corps ne produisant pas de magnésium, nous devons le puiser dans notre alimentation (et si besoin est, dans des compléments alimentaires).
Le magnésium est utile pour tout un tas de choses, et c’est notamment un anti-inflammatoire. Il aide également à la cicatrisation, à régler les problèmes de peau comme l’acné, le psoriasis ou l’eczéma (etc.) de façon significative. Un article arrive bientôt sur le chlorure de magnésium.

C’est un métal alcalin mou que l’on trouve naturellement lié à d’autres éléments dans l’eau de mer et dans de nombreux minéraux. Il est présent dans de nombreux végétaux de notre alimentation (pruneau, avocat, pomme de terre…), et en usage externe, bien que je n’aie pu trouver que peu d’informations scientifiques, il a un effet bénéfique sur la peau, notamment en terme de cicatrisation (si quelqu’un peut me traduire la page Wikipédia, onglet nutrition et médecine, ça m’aiderait à y voir plus clair :)).

L’Atlas marocain. Les carrières d’exploitations de rhassoul se trouvent à 200 km de Fès.

Et en vrai ?
Tout cela est très théorique, je vous l’accorde. Néanmoins, ces recherches m’ont permis de comprendre pourquoi j’aimais tant cette argile, plus qu’une autre. Cela fait plusieurs mois que j’utilise presque tous les jours le rhassoul, et d’autant plus depuis que je suis obligée d’être au contact de la (grosse) pollution cinq jours par semaine. Après mon démaquillage à l’huile (nécessaire ne serait-ce que pour enlever les particules de pollution de ma peau), le rhassoul m’aide à me nettoyer vraiment et à avoir une peau propre, nette et débarrassée des particules de la pollution. Sinon, je vous dis pas les effets à long terme, on les connaît tous, c’est pire que de cloper.
Je constate donc que non seulement ma peau est propre et douce, mais sur le long terme, c’est édifiant : je n’ai presque plus de points noirs (voire plus du tout), le teint est unifié, les vieilles cicatrices disparaissent progressivement.
J’oubliais presque : le rhassoul est très bon marché (5.50 € les 500 grammes chez Aroma-Zone), et depuis un an maintenant, j’ai utilisé à peine 1 kilogramme de rhassoul pour un usage quasi quotidien.

Nota Bene
Je ne peux pas ne pas vous parler des doutes que j’ai quant à l’exploitation de cette argile. Les informations sur internet sont très rares, tout au plus des gens qui se posent des questions ou des informations sur les bras de fer qui opposent les diverses sociétés qui lorgnent sur le massif du Moyen Atlas d’où est extrait le rhassoul. A priori, il y a un monopole sauvagement défendu par la société Sefrioui (une entreprise familiale marocaine), qui n’exploite que 1 000 ha sur les 21 000 disponibles (toujours selon la même source), dont on ne sait pas grand-chose quant aux conditions de travail des personnes sur place. Je ne pense pas qu’il y ait, pour le moment, de risque que la montagne soit détruite et les ressources épuisées, mais c’est quelque chose que je garde en tête (et à l’œil) : le monopole de cette société garantit, par son absence de moyen, une exploitation réduite. Qu’en sera-t-il si l’exploitation est ouverte à toute entreprise, qu’elle soit grand groupe ou PME ? Peut-on espérer avoir une exploitation censée, qui protège à la fois les travailleurs et le paysage sans que les utilisateurs du rhassoul soient lésés ?

Articles en lien :

Le henné : quoi, comment ? Généralités

Voici l’arbuste du henné, ou lawsonia inermis, en fleur.

A priori, nous sommes au 100% naturel en ce qui concerne les cosmétiques (puisque c’est l’objet de ce blog). Les couleurs d’oxydation, chimiques, peut-être n’en avez-vous jamais fait, peut-être avez-vous fait une croix dessus. Mais peut-être aussi vous rêvez-vous en rousse incendiaire, ou en rouge flamboyante ?

Petit point aujourd’hui sur l’une des nombreuses plantes tinctoriales, la plus connue, la plus utilisée par les chevelu-e-s au naturel : le henné. Préparation, rendu, avertissement, on va essayer de traiter les points essentiels à connaître avant de passer à l’acte.

Lawsonia inermis, et rien d’autre.
Le henné souffre chez beaucoup de coiffeurs (et autres personnes) de sa mauvaise réputation. Pour cela, un tout petit point historique est nécessaire.
Si l’utilisation du henné aux endroits où il pousse naturellement (Afrique du Nord, Inde, Pakistan, Perse, Yémen…) remonte extrêmement loin dans le temps, la découverte du henné par les Occidentaux et sa propagation en Europe et aux Etats-Unis s’est faite surtout avec la colonisation, autour du XIXe siècle. Je vous la fait courte : les femmes (et les hommes !) ont méchamment kiffé la plante venue de la belle Orient, et celle-ci a rapidement été victime de son succès : commerce, appât du gain, profit. Résultat, on s’est retrouvé avec des poudres de henné bon marché, diluées avec quelques joyeusetés pour faire des économies et vendre plus, à moindre frais. Forcément, ce qui était ajouté au henné naturel, c’était pas jojo, et aujourd’hui, on connaît surtout l’un de ces additifs, qui promet une couleur rouge intense dès la première application : le sodium picramate. Donc, non seulement c’est de l’arnaque, puisque la couleur ainsi obtenue dégorge très vite, mais en plus, ça bousille durablement les tifs.

Le henné est utilisé depuis fort longtemps pour tatouer les mains et les pieds des femmes, dont le dessin et la symbolique varie selon le pays.

Le henné dit naturel, ce sont les feuilles du lawsonia inermis, un arbuste épineux, séchées et réduites en poudre, plus ou moins fine : c’est ce broyage qui fera la différence entre un henné naturel classique, et un henné de qualité corporelle, dit BAQ (Body Art Quality), utilisé pour les tatouages éphémères. Il existe aussi le henné neutre, issu du cassia obovata, qui lui ne colore pas (sauf sur les chevelures très claires, qu’il peut foncer ou dorer), utilisé comme un soin gainant.

Comment le henné agit-il pour colorer ?
Contrairement aux couleurs d’oxydation, le henné ne transforme pas votre couleur naturelle : il se mélange à elle, pour donner une couleur et des reflets différents selon chaque teinte de cheveux ! Il enrobe le cheveu, le gaine, et ses particules pénètrent la fibre, se mélangeant à la couleur naturelle. Cependant, le henné a beau gainer le cheveu, il ne l’obstrue pas et laisse passer les soins (contrairement aux silicones et huiles minérales).
Niveau résultat, je crois qu’il y a autant de nuances de henné qu’il y a de cheveux ! Mais pour faire simple, plus votre base est claire, plus la couleur est rousse (voire orange pétant sur des cheveux blancs ou décolorés) ; à l’inverse, si votre base est foncée, vous obtiendrez un acajou, un auburn ou simplement quelques reflets. La couleur obtenue fonce au fur et à mesure des applications : ainsi, si vous voulez un rouge prononcé, il faudra être patient, tandis que si vous désirez conserver un roux, il faudra espacer les applications (tous les 6 mois environ), et ne refaire tous les mois que les racines.
Dernière précision : Vous n’éclaircirez jamais vos cheveux avec un henné. Donc si vous êtes brune et que vous voulez un roux irlandais, il faudra vous faire une raison (ou bousiller vos tifs avec une décoloration/coloration chimique…) !

Ce qu’il faut savoir avant de se colorer les cheveux au henné.
Le henné est un super soin, gainant, il retarde l’apparition des fourches car il protège très efficacement les cheveux. En plus, l’effet gainant donne l’impression de cheveux épaissis, c’est magique c’est magnifique on en redemande.

Oui, mais. Oui mais le henné a un défaut majeur : il est un peu collant. Un peu beaucoup, même. En fait, le henné ne part jamais totalement de la fibre capillaire. La couleur peut dégorger, s’affaiblir, mais le henné, lui, reste. Pour toujours.
Donc, si vous avez les cheveux blonds, châtains clairs, d’une teinte cendrée, réfléchissez-y à deux fois : vous ne retrouverez jamais, et j’insiste bien là-dessus, jamais votre couleur naturelle. Il faudra attendre la repousse, et couper au fur et à mesure, sans oublier l’effet tout à fait charmant d’une chevelure bicolore. De plus, décolorer des cheveux colorés au henné ne les rendront pas blonds platine, mais oranges (eh oui, le henné ne s’en va jamais) !

La poudre de henné doit être fine et vert clair.

Deuxième conséquence du côté « glu » du henné : à la longue, les applications se superposant les unes aux autres, les cheveux bouclés peuvent raidir. N’ayant que quatre applications de henné pur (ou majoritaire) à mon actif, je n’ai pas encore constaté cet effet-là, mais d’autres l’ont fait pour moi :) ! Donc si vous avez les cheveux ondulés, ou bouclés : c’est bon à savoir, que vous désiriez ou non cet effet.

Préparer son henné
Il y a différentes écoles pour préparer le henné, et en fait, aucune n’est mieux que l’autre : cela dépend tout simplement de la couleur que vous souhaitez obtenir.

La recette de base, c’est henné + eau chaude (mais pas bouillante) : l’eau chaude permet en effet le développement des pigments. Préférez cette préparation si vous souhaitez un orange plus rouge.
On peut aussi préparer le henné avec du jus de citron : cela aide le pigment à se fixer au cheveu, mais empêche le développement du rouge (comme tous les acides).
Enfin, on peut préparer la pâte avec toutes sortes d’infusions (chaudes mais pas bouillantes) : garance, bois de campêche, orcanette, cannelle, etc., selon l’effet désiré. Attention à l’infusion d’hibiscus, qui est acide.

Pour le temps de repos de la pâte, cela dépend du henné utilisé : en général, c’est minimum quatre heures, mais certains hennés, comme le Jamila du Pakistan, demandent douze heures de repos pour développer leurs plus beaux pigments. Plus la pâte repose, plus la couleur sera intense : il n’est pas rare que mes pâtes reposent deux jours.
Enfin, on peut mettre sa pâte au congélateur : on a constaté de façon tout à fait empirique, sur les cheveux, que cela donnait une couleur plus rouge, même si l’expérience que j’ai faite précédemment a un peu mis à bas cette théorie. Je referai un autre test, avec un protocole différent, pour vérifier tout ça.

L’orcanette, qui pousse dans le Sud de la France, peut être utilisée (infusion et poudre) pour obtenir des reflets violines.

Et bien-sûr, on peut rajouter des ingrédients à son henné, selon ses préférences : poudres indiennes (l’amla en petite quantité neutralise le orange), agents hydratants (aloe vera…), huiles essentielles (très peu sinon, attention le mal de crâne), poudres colorantes selon l’effet désiré (indigo ou katam pour un noir ou un brun, orcanette pour un violine, etc.)… Vous pouvez rajouter un peu d’huile végétale (une à deux cuillers à soupe), même si j’aurais tendance à le déconseiller, puisque l’huile peut empêcher le henné de se fixer correctement.

Le temps de pose
Sur votre tête, sous cellophane et serviette, pour bien conserver la chaleur, le temps de pose dépend uniquement du rendu couleur que vous souhaitez : plus il sera long, plus la couleur sera intense ! Ce temps dépend aussi de la nature de vos cheveux, et notamment de leur porosité : les cheveux peu poreux pourront le laisser plus longtemps, puisque le henné a plus de mal à se fixer sur des écailles lisses. Pour donner un exemple : quatre heures de pose, sur mes cheveux, ça ne donne quasiment rien : à peine quelques reflets vraiment discrets. Pour avoir un début de résultat, je dois laisser poser minimum six à sept heures, et la plupart du temps, je laisse entre neuf et douze heures.

Bien, je crois en avoir terminé avec cet article à rallonge, mais s’il s’avère que j’ai oublié quelque chose (ce qui est fort probable, vue l’étendue du sujet), n’hésitez pas à me poser des questions en commentaire !

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